Revitalisation des langues en danger : une approche pragmatique

    • Présentatrice(s) ou présentateur(s)

    La problématique de la pertinence des efforts de revitalisation des langues en danger d’extinction semble faire l’objet d’un certain consensus, tant dans les communautés de professionnels du langage que celles de locuteurs en général. De fait, tous semblent s’accorder pour affirmer que la mort des langues est alarmante, (Israel 2001) et que l’humanité se doit de maintenir en vie ces langues menacées (Hagège 2002). La présente recherche vise à comprendre la nature de cette attitude linguistique la plus répandue au sujet de ce que Valdman appelle l’étiolement linguistique (dans Moreau 1997), c’est-à-dire la généralisation du phénomène de mort de langues. Elle vise aussi et surtout à soupeser l’efficacité des méthodes proposées par cette attitude vers l’objectif de mettre un frein à la mort des langues. Suivant quoi, je me demande si une attitude différente pourrait avoir un plus grand impact positif pour l’avenir linguistique mondial.

    En contestant l’efficacité des méthodes découlant de l’attitude généralisée par rapport à l’étiolement linguistique et en m’inspirant des rares travaux académiques minimisant les conséquences de la mort des langues, je propose une perspective de portée beaucoup plus vaste que celle mettant de l’avant la revitalisation. Cette dernière a pour objectif de préserver ou ressusciter une langue moribonde, mais n’offre souvent comme solution à l’étiolement linguistique qu’un travail de surface donnant une impression d’accomplissement et d’agence. En revanche, je propose que ce à quoi les défenseurs de la diversité linguistique pourraient s’attaquer pour plus d’efficacité sont les mécanismes de l’uniformisation culturelle – laquelle mène à la perte d’éléments culturels uniques (UNESCO 2000) dont notamment la langue – que l’étiolement linguistique en soi (Costa 2013), puisque celui-ci est le résultat de celui-là.

    Je formule dans cette présentation deux hypothèses. Premièrement, que la perspective consensuelle s’appuie sur une base instable et peu prouvée en termes d’efficacité (il est particulièrement malaisé de trouver des données montrant l’efficacité de la revitalisation linguistique). Deuxièmement, qu’une perspective plus pragmatique et exhaustive pourrait arriver efficacement à freiner l’étiolement linguistique, puisqu’elle offrirait un plan d’action approfondi et multidisciplinaire.

    Ma méthode consiste en une remise en question du point de vue répandu selon lequel la solution à la mort des langues est la seule revitalisation linguistique (Costa 2013), ce, par une analyse des motivations de cette attitude et des implications de celle-ci. Par la suite, je considère les travaux de l’historien Paolo Israel et du linguiste James Costa pour leur perspective qui s’inscrit dans le sens de cette remise en question. Comparées, ces perspectives mènent à une contreproposition à la seule revitalisation linguistique.

    Mes conclusions suggèrent trois différentes attitudes pouvant être adoptées dans un futur proche : premièrement, celle réfutée au cours de la démonstration; deuxièmement, l’attitude du « laisser-faire », de l’inaction politico-linguistique à cet égard; troisièmement, la proposition de s’attaquer d’abord et avant tout aux tenants et aboutissants de la mondialisation, interprétée ici comme l’uniformisation des modes de vie et de pensée résultant de l’actuelle dynamique socioéconomique mondiale. Finalement, une invitation au dialogue collectif – formel et informel – est lancée

     

 

Commenter

 

Your email address will not be published. Required fields are marked *