« Pourquoi » et la périphérie gauche des infinitives en français

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    Dans le cadre théorique de la cartographie, la périphérie gauche fait référence à une partie de la structure d’une proposition contenant une hiérarchie de projections fonctionnelles dans un ordre fixe (Rizzi 1997: 281). Rizzi (2001) et Shlonsky & Soare (2011) proposent que les mots whyperché, et leurs équivalents dans d’autres langues se comportent différemment que les autres mots Qu- et que ce phénomène peut être expliqué par des structures distinctes de la périphérie gauche. Voici un exemple qui illustre la différence de comportement en anglais :

    (1) I asked Bill how to serve spiced eggplants.
    (2) *I asked Bill why to serve spiced eggplants.

    Je développe ce thème dans mon travail et je propose que les solutions de Rizzi et de Shlonsky & Soare doivent être modifiées pour rendre compte du comportement de pourquoi en français.

    Pour Rizzi (2001), why est le seul mot Qu- qui a la possibilité de ne pas laisser une trace. Les autres mots Qu- sont engendrés dans la phrase et déplacés vers la périphérie gauche, mais why est généralement engendré directement dans la périphérie gauche dans une projection dédiée, InterrogativeP. Néanmoins, selon Shlonsky & Soare (2011), le modèle de Rizzi ne peut pas rendre compte de l’agrammaticalité de la phrase en (2). Pour traiter cette difficulté, ils introduisent une nouvelle projection, ReasonP, dont le spécificateur sert de position de fusion externe pour le mot why, mais ils affirment également qu’il doit forcément se déplacer de cette position à InterrogativeP. Ils proposent une structure tronquée chez les propositions infinitives enchâssées pour empêcher des déplacements qui entraîneraient des phrases agrammaticales comme celle en (2). Aucun élément ne peut être déplacé à l’une des projections entre crochets à l’intérieur d’une proposition infintive :

    (3) [ForceP > IntP > TopicP > FocusP] > WhP > … > ReasonP

    Pourtant, quand on applique la solution de Shlonsky & Soare au cas du français, quelques difficultés se manifestent. Selon la structure tronquée, une phrase comme (4) serait exclue à tort, dû au déplacement de pourquoi de ReasonP à InterrogativeP, ce dernier ne faisant pas partie de la structure tronquée de l’infinitive.

    (4) Je ne sais pas [IntP pourquoii [ReasonP ti [… faire ce test]]].

    Je propose que le modèle de Shlonsky & Soare pour les infinitives soit retenu, mais qu’il soit adapté pour permettre que pourquoi puisse rester in situ après être engendré dans ReasonP dans certaines langues. Lorsqu’un déplacement de pourquoi hors de ReasonP n’est plus forcé, une phrase comme (5) devient possible :

    (5) Je ne sais pas [ReasonP pourquoi [… faire ce test]].

    Shlonsky & Soare justifient de manière convaincante les avantages de leur modèle par rapport à celui de Rizzi, mais il s’avère que leur modèle rencontre des difficultés quand il est appliqué au mot pourquoi en français. Pourtant, avec la modification que je propose, le modèle réussit à traiter les données en français de façon harmonieuse.

 

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