Normes en sciences du langage et Langues de Signes: comment capturer le corps en mouvement

    Par Lea Chervrefils

     

    Les Langues des Signes (LS) répertoriées aujourd’hui sont au nombre de 144[1] et concernent plusieurs dizaines de millions de locuteurs dans le monde.Toutefois-et ce malgré des ressources sémiotiques multimodales, telle que la vidéo, en pleine expansion-les sciences du langage sont encore dominées par le modèle de l’écrit, ce qui est préjudiciable pour les études linguistiques des LS comme pour celles des langues vocales. Donner une place plus importante à l’analyse des LS participerait à l’évolution des approches théoriques et méthodologiques de l’étude en sciences du langage, redonnant au corps toute sa place dans sa fonction de véhicule du sens[2].L’un des principaux obstacles à ce processus concerne l’absence de système de transcription standardisé des LS.Or, on ne peut y parvenir sans se confronter à l’apparente difficulté d’appréhension du mouvement qui, bien qu’omniprésent au sein d’une locution en LS, constitue le paramètre le moins étudié de la littérature scientifique desLS.Mon projet de thèse propose d’aborder cette problématique en précisant les rapports de couplage moteur qu’entretiennent deux paramètres des LS, l’emplacement et le mouvement. Saisir leur relation permettrait de comprendre ce qui est en jeu dans le déploiement des signes:la forme du signes’ auto-stabiliserait grâce à une simplification motrice du mouvement.Les retombées attendues relèvent, d’un point de vue théorique, d’une modélisation formelle de la langue et, d’un point devue plus appliqué, de la mise en place d’algorithmes de suivi des mouvements des signes.Pouratteindre le degré fin d’analyse du mouvement que cetterechercherequiert, un corpus delocuteursen LSF(Langue des Signes Française)a étéenregistré par une caméra vidéo ainsi quepar un système de captation 3D.Cette opportunité-celle de nous tourner vers ces nouvellestechnologies en linguistique-permetde traiter efficacementdes questions de structurationprofonde deslangues signées,en contribuantàleurancrageau sein des sciences du langage,etdes langues vocales,en franchissantun pas supplémentairevers uneanalyse structurelle de lamultimodalitélangagière.

     

    [1] Ethnologue, Languages of the World [en ligne].Disponible sur :https://www.ethnologue.com/subgroups/sign-language[2]Boutet D. (2010), Structuration physiologique de la gestuelle: modèle et tests. Lidil, (42),pp 77-96

 

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