Les langues autochtones au Canada : analyse de discours de l’État et de leaders autochtones

    Par Ann-Sophie Boily

     

    Au Canada, les trois quarts des 90 langues autochtones répertoriées sont à risque de disparaître. Plusieurs organisations autochtones à travers le pays travaillent à leur protection et transmission.En juin 2019, le gouvernement fédéral a adopté la Loi concernant les langues autochtones(C-91), première en son genre, qui vise entre autres à soutenir et promouvoir leur réappropriation, leur revitalisation et leur renforcement. Elle s’est vue plus d’une fois associée au projet de «réconciliation»entre autochtones et allochtones.Cette«réconciliation», institutionnalisée au Canada dès 2008 avec la mise en place d’une Commission de vérité et réconciliation, continue de faire couler beaucoup d’encre, notamment en ce qui concerne les droits linguistiques autochtones.

    Mon intention dans cette présentation est de questionner la place des langues autochtones dans ce contexte de réconciliation en répondant à la question suivante:comment les leaders canadiennes et autochtones nomment-elles les langues autochtones dans les débats et les discussions sur le projet de loi C-91?Au carrefour de la sociolinguistique critique et de l’analyse critique du discours, je présenterai une analyse des propos tenus parles leaders dans le cadre des travaux du Comité permanent du patrimoine canadien, le comité de la Chambre des communes qui avait pour mandat d’étudier le projet de loi.

    Cette présentation répond à un des objectifs et s’intéresse à une partie du corpus d’une recherche plus large que je mène dans le cadre de mon mémoire.Dans cette recherche, je m’intéresse aux idéologies linguistiques mobilisées par les leaders dans leurs propos sur les langues et les politiques linguistiques autochtones. Je vise à explorer si la Loi concernant les langues autochtones en tant que première mesure de régulation sociolinguistique autochtone officielle de l’État canadien et les langues autochtones en général sont instrumentalisées par les leaders; ou encore si elles servent le plus vaste chantier de«réconciliation».

    J’adopte pour y parvenir une approche décoloniale inspirée notamment par Smith (1999), afin de contribuer à déconstruire les rapports de pouvoir coloniaux structurels normés et incarnés dans la recherche au Canada.

    N.B. Le féminin générique a été utilisé dans ce texte à des fins d’allègement.

    Bibliographie (3 à 5 références)

    Duchêne, A. (2005). La protection des minorités linguistiques au sein des Nations Unies : discours, idéologies et production du savoir. Thèse de doctorat, Université de Bâle.

    Fairclough, N. (2010). Critical Discourse Analysis: The Critical Study of Language, 2nd Edition, Oxford et New York : Routledge.

    Heller, M. et McElhinny, B. (2017). Language, Capitalism, Colonialism: Toward a Critical History, Toronto : University of Toronto Press.

    Smith, L. T. (1999). Decolonizing Methodologies: Research and Indigenous Peoples, London et New York: Zed Books.

    Mots-clés langues autochtones, nomination, sociolinguistique critique ,analyse critique du discours, approche décoloniale

 

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