Le déplacement en français martiniquais : comparaison des productions d’enfants et d’adultes martiniquais avec celles de locuteurs du français lyonnais

  • Les locuteurs du français martiniquais (FM) évoluent au sein d’un environnement linguistique où le FM côtoie le créole martiniquais (CM). Les alternances codiques ainsi que les emprunts lexicaux et syntaxiques quotidiens donnent lieu à une zone discursive interlectale (cf., Prudent 1981, 2005), qui confère au parler des habitants de la Martinique un ensemble d’expressions (style rhétorique) qui leur sont propres (cf., Slobin 1996). La culture martiniquaise est donc distincte de celle de la France hexagonale, malgré le rattachement politique à cette dernière. Une des façons de caractériser le style rhétorique d’une langue est d’analyser la façon qu’ont les locuteurs d’exprimer un déplacement. Le déplacement représente un changement de position dans l’espace, et certaines langues ont tendance à verbaliser la manière (M) de se déplacer dans le verbe principal et la trajectoire (T) du déplacement dans un satellite (langues à satellites ; ex : They dancedM downT the street), et d’autres à encoder M dans une subordonnée et T dans le verbe principal (langues à cadrage verbal ; ex : Ils ont descenduT la rue en dansantM) (Talmy, 2000). Toutefois, cet encodage reflète de grandes tendances et n’exclut pas d’autres possibilités de lexicalisation pour une même langue. Alors que la majorité des études comparent l’encodage de M et T au sein de langues génétiquement distinctes (ex : anglais vs. turc), peu a été fait sur la comparaison de cet encodage au sein des dialectes d’une même langue. C’est pourquoi nous avons choisi de comparer l’encodage de M et de T chez des francophones de la Martinique et chez des francophones de Lyon (France hexagonale). En effet, nous pensons que des différences pourraient émerger en raison des particularités culturelles et linguistiques de la Martinique. Pour ce faire, nous allons demander à des enfants de 7 ans (=20) et à des adultes (=10) parlant le français martiniquais de raconter une histoire à partir d’images (Frog, where are you?). Les données complémentaires seront tirées du corpus de Hickmann et Kern, constitué à partir du même matériel (Frog, where are you?) et mis en accès libre sur CHILDES. Cela nous permettra de comparer les items grammaticaux et lexicaux permettant d’encoder M et T en français martiniquais et en français lyonnais.

    Références :
    Prudent, L.-F. (1981). Diglossie et interlecte. Langages, 13-38.
    Prudent, L.-F. (2005). Interlecte et pédagogie de la variation en pays créoles. In L.-F. Prudent, F. Tupin, & S. Wharton (Eds.), Du plurilinguisme à l’école : vers une gestion coordonnée des langues en contextes éducatifs sensibles (pp. 359-378). Berne Suisse: Peter Lang.
    Slobin, D. I. (1996). From « thought and language » to « thinking for speaking ». In J. J. Gumperz & S. C. Levinson (Eds.), Rethinking linguistic relativity (pp. 70-96). Cambridge: Cambridge university Press.
    Talmy, L. (2000). Toward a cognitive semantics. Cambridge, Massachusetts: MIT Press.

 

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