Le bégaiement, un trouble social : comment les personnes bègues vivent-elles leur intégration dans la société?

  • La société du 21e siècle prône l’importance de projeter une image de soi impeccable dans
    une ère où tous se retrouvent en constante interaction. La communication entre les
    individus est au premier plan, et cela affecte socialement ceux ayant un quelconque trouble
    de la communication puisque la norme linguistique est énormément valorisée. Jusqu’à
    10 % de la population voit sa communication être entravée à un moment ou à un autre par
    le bégaiement et celui-ci persiste dans 1 % des cas (AJBQ, s.d.). Cela amène les gens qui
    en souffrent à vivre une intégration difficile dans la société. Une synthèse de la littérature
    abordant les préjugés et les stéréotypes, la socialisation langagière des individus bègues et
    finalement l’identité sociale permet de mettre de l’avant l’aspect social du bégaiement.
    Cette revue de littérature s’inscrit dans le cadre théorique de l’approche sociolinguistique
    critique. En effet, celle-ci a comme objectif de « comprendre les intérêts pouvant expliquer
    les motivations qui amènent les groupes sociaux [les bègues dans ce cas-ci] à se construire
    comme ils le font et d’examiner le rôle que jouent les pratiques linguistiques dans le
    processus de construction identitaire » (Boudreau, 2014).
    Tout d’abord, un article de Klassen (2001) aborde les préjugés et les stéréotypes entourant
    les individus bègues et montre la façon dont leur trouble les positionne à l’extérieur de ce
    qui est jugé normal par la population générale : ceux-ci sont souvent perçus comme étant
    plus introvertis, nerveux, ou hésitants que la population générale à cause de leurs soucis
    d’élocution. Lorsqu’une personne bègue entre en interaction, celle-ci dévie des normes de
    communication et une distance sociale se crée avec son interlocuteur (Klassen, 2001).
    Ensuite, un article de Simon (2013) montre que ce genre de comportements ou de
    représentations négatives ancrées dans la mentalité de la population générale engendre des
    attitudes qui sont néfastes pour la socialisation langagière des personnes bègues : « plus il
    bégaie, plus il apprend à bégayer » (Simon, 2013). Finalement, un dernier article met de
    l’avant le fait qu’une construction d’une identité sociale positive est particulièrement
    difficile pour les individus qui bégaient puisque leur trouble teinte grandement leur
    perception de soi (Daniels & Gabel, 2004).
    À force de vivre de la discrimination linguistique (glottophobie), les individus bègues
    auraient finalement tendance à développer un sentiment d’insécurité linguistique,
    principalement caractérisé par la honte de leur langage hors normes (Blanchet, 2017;
    Boudreau, 2014), soit le résultat de cette mauvaise intégration sociale.
    Cette revue permet donc de voir la façon dont les gens souffrant de ce trouble de la
    communication vivent leur différence, et la façon dont ils se construisent avec celui-ci.

    Références
    Blanchet, P. (2017). Discriminations: combattre la glottophobie: Editions Textuel.
    Boudreau, A. (2014). Des voix qui se répondent: analyse discursive et historique des
    idéologies linguistiques en Acadie: l’exemple de Moncton. Minorités
    linguistiques et société/Linguistic Minorities and Society(4), 175-199.
    Daniels, D. E., & Gabel, R. M. (2004). The impact of stuttering on identity construction.
    Topics in Language Disorders, 24(3), 200-215.
    Klassen, T. R. (2001). Perceptions of people who stutter: Re-assessing the negative
    stereotype. Perceptual and motor skills, 92(2), 551-559.
    Simon, A.-M. (2013). Chapitre 21-Les élèves souffrant de bégaiement. In La santé à
    l’école (pp. 251-264): Dunod.

 

Commenter

 

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment les données de vos commentaires sont utilisées.