L’ambiguïté du genre de l’entité narratrice dans « Das Regal der letzten Atemzüge » d’Aglaja Veteranyi comme difficulté de traduction

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    La narration singulière des deux romans autofictifs de l’auteure suisse Aglaja Veteranyi (1962-2002) fait s’élever les voix des analystes. S’ils et elles ne s’entendent pas sur toutes ses caractéristiques, il est à tout le moins unanime que l’entité narratrice soit la personne de l’auteure lorsqu’elle était encore enfant.
    Une légère ambiguïté plane au-dessus de la perspective narrative de son second roman « Das Regal der letzten Atemzüge 1», dont l’original allemand n’a pas encore de traduction française, à savoir le genre de l’entité narratrice. Les particularités grammaticales de la langue allemande permettent qu’une narration à la première personne soit (volontairement ou non) non-genrée, et aucun indice ne laisse supposer le genre de l’entité narratrice du roman d’Aglaja Veteranyi. En français, l’accord des adjectifs se fait différemment, et dans le cas d’une traduction du roman vers le français, il deviendrait nécessaire de trancher entre le féminin et le masculin. Cette difficulté de traduction nous oblige à nous positionner face au genre de l’entité narratrice en fonction de notre interprétation du roman.
    Une majorité d’analystes définissent l’oeuvre comme une autobiographie romancée, selon quoi l’entité narratrice serait de genre féminin. De son côté, Aglaja Veteranyi ne se cache pas de souligner qu’elle laisse voguer avec plaisir et liberté le caractère autobiographique de sa trame narrative sur les flots de la fiction, et que l’utilisation d’images expressionnistes et quasi-fantastiques sont une manière parmi d’autres d’exprimer certains éléments de sa réalité. Observée sous l’oeil méta-biographique de la fiction, l’entité narratrice se distancie de la personne de l’auteure et se laisse alors interpréter selon de nouvelles bases. La narration à la première personne laisse planer un nuage de brume autour de l’identité de l’entité narratrice et, par le fait même, autour de son genre, ou plutôt : autour de son genre, et par le fait même autour de son identité.
    L’idée préconçue qu’il s’agisse d’une autofiction motive l’attribution spontanée du genre féminin à l’entité narratrice, ce qui renforce alors l’interprétation de l’oeuvre comme une autofiction. Les deux affirmations s’inter-influencent et nous endiguent dans un cercle d’interprétation dont il est difficile de sortir. Qu’en devient-il du genre de l’oeuvre si l’on se permet une réinterprétation du genre de l’entité narratrice? Si la volonté y était de s’adonner à une traduction vers le français, serait-il alors nécessaire de genrer l’entité narratrice?

 

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