La question de l’accent  en France : entre marqueur identitaire et outil de domination

    Par Marie Celine Dufay Verbie

    « A chacun son accent », est un dicton qui prône le pluralisme et la représentation égalitaire d’une forme de diversité culturelle dans l’espace public. Pourtant, la question de l’accent – lorsqu’elle se fait entendre – est souvent formulée de manière anecdotique au travers de différents clichés ou stéréotypes qui visent souvent à parodier l’habitus linguistique des individus en question, comme l’énonce Pierre Bourdieu. On évoque alors l’accent « snob » du seizième arrondissement, ou celui de cet étudiant québécois qui étudie à Paris, ou encore l’accent régional d’un agriculteur que l’on sous-titre à la télévision.  

     

    La question du langage en tant qu’outil d’échange, comme celle de la prise de parole sont ainsi remises en cause par la présence même de l’accent, en particulier lorsqu’il divise plus qu’il ne rassemble. Il s’établit en effet parfois comme un différentiel et s’apparente alors à un réel marqueur d’origine opposant universalisme et particularisme. Souvent perçu comme l’altération d’une prononciation « standard » ou d’une langue « souche » – en particulier dans le cas du contraste entre le français hexagonal et le français québécois – l’accent est finalement une véritable construction sociale qui participe à un processus d’identification, mais aussi de « désidentification ». Qu’il s’agisse d’un accent régional, populaire ou étranger, les locuteurs sont remarqués par ce qui les distingue et la locution peut alors agir comme un révélateur de classe et de culture, voire à un obstacle à la mobilité sociale et géographique.  

     

    En nous basant sur les travaux et recherches de Pierre Bourdieu, nous chercherons donc ici à analyser comment l’accent est devenu un instrument de pouvoir et de domination, en montrant pourquoi ces événements de discours sont essentiels au fonctionnement de l’identité par la manière dont ils affectent toutes les interactions sociales et influencent notre façon de percevoir nos semblables.  

     

 

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