La littérature germanophone d’auteures d’origine (post-)soviétique: un exemple de traduction culturelle

  • Notre recherche s’intéresse à la représentation des lieux de transit culturels et des processus de construction identitaire dans des textes en langue allemande d’auteures d’origine (post-)soviétique installées en Allemagne: Olga Grjasnowa (Die juristische Unschärfe einer Ehe, 2014), Nellja Veremej (Berlin liegt im Osten, 2013), und Nino Haratischwili (Das achte Leben (Für Brilka), 2014). Nous soutenons qu’écrire dans une langue déterritorialisée (Deleuze et Guattari 1975) s’apparente au travail du traducteur. Notre théorie trouve sa source dans les écrits de Doris Bachmann-Medick qui, depuis The Translational Turn, a jeté les bases de ce qu’elle souhaite être un « translational turn » dans les études culturelles, qui serait lui-même la suite logique du « cultural turn » en traductologie. Elle soutient dans ce texte que dans un monde globalisé où les les processus de médiation et les difficultés de transfert requièrent une attention toute particulière, la traduction devient à la fois une condition aux relations d’échange globales et un médium qui permet de révéler les différences culturelles et les déséquilibres de pouvoir (Bachmann-Medick 2009).

    Grjasnowa, Veremej et Haratischwili, dans leurs récits portant sur leur(s) pays d’origine et sur la migration, traduisent leur culture et « leur » expérience du contexte culturel d’origine vers un contexte cible; par conséquent, leurs textes doivent être considérés comme des « translations without originals » (Apter 2006). Tout comme Apter, qui soutient dans Against World Literature (2013) que la littérature-monde n’est pas synonyme d’universalité, et qui souligne l’importance de l’intraduisibilité, les textes transnationaux issus de notre corpus ne sont pas analysés comme des universalismes sans origine particulière, mais plutôt comme le résultat d’un processus de traduction, pour lesquels le système cible (Vermeer 2004) y joue un rôle tout aussi important. Utiliser la traduction comme point de départ théorique nous permet de souligner non pas l’hybridité de la littérature transculturelle, mais plutôt le dialogue entre deux cultures qui en résulte, alors que celles-ci se trouvent reterritorialisées et ancrées dans le contexte germanophone. C’est dans cet esprit que nous présentons ici une analyse des textes de notre corpus à l’aide de critères issus du domaine de la traduction et de la traductologie, comme l’intraduisibilité, le public visé, les problèmes de traduction, etc., ce qui constitue une tentative d’appliquer la théorie du « translational turn » à la littérature.

    Bibliographie:
    Apter, E. (2013). Against World Literature : On the Politics of Untranslatability. London, New York: Verso.
    Bachmann-Medick, D. (2009). „Introduction: The translational turn“. In: Translation Studies, 2/1. Bassnett, S. & Lefevere, A. (1998). Constructing Cultures: Essays on Literary Translation. Clevedon: Multilingual Matters.
    Ette, O. (2005). ZwischenWeltenSchreiben. Literaturen ohne festen Wohnsitz. Berlin: Kulturverlag Kadmos.
    Yildiz, Y. (2011). Beyond the Mother Tongue. The Postmonolingual Condition. New York: Fordham University Press.

 

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