La dynamique de la variation pronominale  : norme et usage des formes simples et composées en français montréalais

    Par Claire Bourély, Hélène Blondeau et Mireille Tremblay

     

    Nous analysons dans cette communication le paradigme pronominal du français parlé à Montréal selon une approche variationniste. En sociolinguistique variationniste, deux méthodes témoignent du changement linguistique : l’analyse en temps apparent (Labov, 1972, p. 21) et l’analyse en temps réel (Buchstaller & Wagner, 2018; Labov, 1994). L’écart temporel entre plusieurs collectes de données permet de confirmer ou infirmer le changement linguistique (Blondeau et al., 2002; Thibault & Vincent, 1990). 

     

    La présente étude micro-diachronique examine la norme en usage en 1971 et en 2012 des formes non clitiques composées avec autres (nous autres, vous autres, eux autres). L’analyse comparée du paradigme pronominal montre une progression importante du changement linguistique en faveur de la forme simple entre 1971 et 2012, témoignant ainsi d’un changement normatif au sein du français parlé à Montréal. Ce travail prolonge l’analyse longitudinale de la forme non clitique composée réalisée dans un corpus montréalais entre 1971 et 1995 (Blondeau, 2011) 

     

     

    Nos données proviennent de 38 entretiens sociolinguistiques recueillis à Hochelaga-Maisonneuve en 2012 auprès d’hommes et de femmes entre 18 et 65 ans, dont la diversité sociale ressemble à celle qui caractérisait Montréal en 1971. Le corpus de 2012 a ainsi été comparé à celui recueilli en 1971 (Blondeau, 2011). Chacune des 814 occurrences a été codifiée selon des facteurs linguistiques (fonction, personne) et extralinguistiques (sexe, âge, catégorie socioéconomique) puis a donné lieu à des analyses multivariées avec Goldvarb. 

     

    L’étude en micro-diachronie sur 41 ans permet de mettre en lumière le changement linguistique. L’analyse des facteurs linguistiques indique une stabilité de la grammaire entre 1971 et 2012, avec un poids des facteurs équivalent. Cependant, les locuteurs de 2012 favorisent les formes simples tandis que ceux de 1971 favorisaient les formes complexes. L’analyse extralinguistique montre un changement linguistique mené par les jeunes, les femmes et les catégories sociales supérieures. 

     

    Références 

    Blondeau, H. (2011). Cet «autres» qui nous distingue. PUL. 

    Blondeau, H., Sankoff, G., & Charity, A. (2002). Parcours individuels dans deux changements linguistiques en cours en français montréalais. Revue québécoise de linguistique31(1), 13‑38. 

    Buchstaller, I., & Wagner, S. E. (2018). Introduction. Using panel data in the sociolinguistic study of variation and change. In S. E. Wagner & I. Buchstaller (Éds.), Studies of variation and change. Routledge. 

    Labov, W. (1972). The Social motivation of a sound change. In Sociolinguistic Patterns (p. 1‑42). University of Pennsylvania Press. 

    Labov, W. (1994). Principles of Linguistic Change: Vol. I: Internal Factors. Blackwell. 

    Thibault, P., & Vincent, D. (1990). Un corpus de français parlé : Recherches sociolinguistiques. Université Laval. 

     

 

Leave a Reply

 

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.