Étude descriptive du lieu d’articulation chez un groupe de locuteurs de la LSQ âgés de 63 à 81 ans

  • Au Québec, la population sourde utilise majoritairement la langue des signes québécoise (LSQ). Pourtant, la langue et la culture de ces locuteurs demeurent encore méconnues du reste de la population québécoise. Dans le contexte alarmant où la mondialisation amène l’étiolement des langues minoritaires, nous nous intéressons à recueillir le lègue d’une génération linguistiquement unique, celui des ainés sourds (Luna, 2015). Ainsi, cette étude s’intéresse aux variations phonologiques dans un groupe de sept locuteurs sourds âgés entre 63 et 81 ans ayant la LSQ pour langue première.

    Nos résultats reposent sur des productions de noms en forme de citation analysées selon les trois principaux constituants phonologiques des langues des signes : la configuration manuelle, le lieu d’articulation et le mouvement (Stokoe, 1960/2005). Toutefois, dans le cadre de cette étude, nous nous sommes penchées sur la variation du lieu d’articulation. Les noms produits par les participants sont les mêmes que ceux décrits dans un outil d’évaluation phonologique (Parisot, s.d.). Cet outil rend compte des constituants phonologiques de signes simples, censés être connus autant par les enfants que par les plus âgés. L’élicitation des noms a été faite à partir d’images afin de n’obtenir qu’un seul signe pour chaque nom. Tous les participants ont été filmés, ce qui a permis l’analyse fine de leurs productions. Un total de 35 signes, produits minimalement par deux de nos sept participants, forme le corpus de 158 occurrences. Notre analyse nous a permis de vérifier si les productions des ainés sourds atteignaient, entre autres, le lieu d’articulation attendu selon ce qui est décrit dans l’outil phonologique.

    Compte tenu que les aspects de la phonologie dans les langues des signes requièrent beaucoup d’effort des articulateurs du corps humain, l’hypothèse soulevée est que les variations phonologiques observées seraient liées au vieillissement naturel des articulateurs. De ce fait, nos résultats tendent à montrer que les participants produisent les signes majoritairement plus bas que ce qui était attendu. Malgré l’observation de ces variations, les participants produisent le signe attendu tout en respectant le principe du contraste signifiant (Villeneuve et Parisot, 2007). Ce principe stipule que tant que les variations phonétiques ne dépassent pas les contraintes phonologiques d’un signe, la compréhension demeure stable. Plusieurs limites nous empêchent de valider notre hypothèse, mais certains indicateurs tendent à penser que le vieillissement aurait une influence sur la production des ainés. Ce travail constitue tout de même un apport important dans l’enrichissement des connaissances sur la LSQ produite par des ainés sourds.

 

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