Et si on diffuse le patrimoine sociolinguistique de l’arabe marocain? 

    • Présentatrice(s) ou présentateur(s)

    Notre langue, l’arabe marocain (A.M), présente les signes d’une longue histoire et d’une époque dont nous sommes témoins. En fait, notre contribution consiste à développer deux points. D’abord, nous présentons et décrivons nos différents corpus collectés sur l’arabe marocain. Ensuite, nous expliquons notre travail relatif à la conception et à la réalisation d’une base de données, c’est-à-dire nous montrons notre démarche pour confectionner un dictionnaire informatisé qui sert d’outil pour la diffusion de l’arabe marocain.

    A vrai dire, au Maroc, le manque d’outils terminologiques, de références lexicographiques et de bases de données numériques reste un obstacle majeur pour promouvoir l’arabe marocain à l’international. Malgré les productions et les recherches qui voient le jour de temps en temps, les travaux effectués sur et en arabe marocain ne répondent pas totalement aux exigences des utilisateurs, natifs et étrangers, autrement dit les études sont non exhaustives (il ne s’agit pas de la non représentativité de l’arabe marocain, il n y a pas une grande différence lexicale au niveau régional, puisque les locuteurs se comprennent) . De notre part, sans prétendre à une étude étymologique ou historique quelconques, et sans vouloir abonder dans le sens des études diachronique et synchronique de cette langue, une remarque notoire reste à faire.  Cette langue a sa charge idéologique qui se manifeste, particulièrement, dans les dictionnaires ; ceux-ci véhiculent toute une réalité qui ne peut être transmise qu’à travers la préservation des entités lexicales. A notre sens, le fond culturel, le patrimoine linguistique et l’outil informatique  peuvent  interagir  pour offrir des unités significatives pratiquées et connues par des locuteurs / émetteurs, qui utilisent, en réalité, d’énormes variations langagières dans les discours quotidiens.

    Dans ce contexte et selon l’approche catégorielle établie par les lexicographes, nous souhaitons, d’une part, citer notre première étude  classificatoire du nom et de l’adjectif en arabe marocain ; deux classes lexicales que nous avons  confrontées lors de nos travaux sur des dictionnaires consacrés à ladite langue et nous évoquons, d’autre part, la question du statut lexico-sémantique du nom et de l’adjectif en arabe marocain. A évaluer nos recherches établies sur l’arabe marocain, nous ne pouvons qu’attester une répartition significative. Notre corpus consiste à présenter ce qui suit : les noms singuliers sans correspondants pluriels en A.M, les noms pluriels sans correspondants singuliers en A.M, les adjectifs féminins sans correspondants masculins en A.M, les adjectifs masculins sans correspondants féminins en A.M, les synonymes en A.M, les antonymes en A.M, les noms d’action en A.M…

    A vrai dire, nous ne pouvons ignorer que l’évolution d’une langue consiste dans l’ensemble des transformations subies par ses catégories ( E.Benveniste 1969). De ce fait, le premier problème qui se pose à propos des règles linguistiques des catégories lexicales  est celui de les distinguer et d’en délimiter le sens. Pour ce faire, les chercheurs devront tracer trois étapes. Il faut en premier lieu distinguer ces catégories lexicales, ensuite les définir, et en phase finale en décrire la distribution selon leurs normes textuelles ou ce que les grammairiens appellent « l’analyse morphologique » pour laquelle nous développons une application informatisée.

    Cela étant, nous souhaitons présenter, dans le deuxième volet de cette  proposition, l’architecture relative à la conception de notre dictionnaire électronique.

    Après avoir dépouillé des dictionnaires et collecté les données, nous avons classifié dans notre base de données presque 1000 expressions phraséologiques et 46.000 entrées lexicales : 15.000 noms, 8000 verbes, presque  3000 adjectifs, 1600  noms-composés, presque 1500 noms  d’action, plus de 1000 synonymes nominaux, plus  de 1000  synonymes  verbaux, presque 1000 entrées lexicales pour le technolecte de l’environnement.

    Pour ce qui est du terme technolecte, nous signalons ici les travaux menés par L.Messaoudi qui a distingué les langues spécialisée, scientifique, technique et technologique du technolecte ; ce dernier est défini comme étant « un savoir-dire, écrit ou oral, verbalisant, par tout procédé linguistique adéquat, un savoir, ou un savoir-faire, dans un domaine spécialisé » (L.Messaoudi, 2010, p. 127-135). C’est dans ce sens que nous prévoyons augmenter notre dictionnaire par un domaine destiné aux technolectes en arabe marocain.

    A vrai dire, aucun linguiste  ne peut nier que le développement technologique en matière d’informatique a créé, actuellement, une révolution mondiale dans le domaine des sciences du langage, c’est pourquoi nous devons penser, en tant que chercheurs, à exploiter la machine pour restructurer nos corpus et nos ressources lexicographiques.  De surcroît, il nous arrive parfois de disjoindre théoriquement des unités de la langue qui ne se séparent jamais en réalité, alors qu’elles peuvent  être identifiées par le rôle syntaxique et la charge sémantique qu’elles assument, d’où la nécessité d’un aménagement informatique de la langue.

    Par ailleurs en arabe marocain, des chercheurs, bien conscients de la disparition d’une langue, essayent de rattraper  ce long retard et ce profond silence pour récupérer un petit peu la cadence ancrée en matière de terminologie en arabe marocain.  Ceci dit, notre propos  n’est pas de reconnaître une légitimité à l’analyse des catégories lexicales en arabe marocain, ni de savoir si la classification de ces derniers est basée sur des critères évaluatifs homogènes par rapport aux normes discursives, mais nous essayerons de dessiner un tableau des catégories lexicales en arabe marocain  pour que nous puissions éclairer les connotations attachées à tel ou tel lexème et montrer comment l’outil informatique participe à la sauvegarde de notre patrimoine sociolinguistique, l’arabe marocain en l’occurrence, et comment il participe à la mondialisation de son langage.

     

    Bibliographie

    ° Benveniste E.,1966 : Problèmes de linguistique générale, tome I, Tel Gallimard.

    ° Taifi M., 2000 : sémantique linguistique, référence, prédication et modalité, Fès, imp.Post-modernité.

    °Colin, 1993-96: le Dictionnaire d’arabe dialectal marocain en 8 volumes, Eds. Al-Manahil, Ministère des  affaires culturelles, en collaboration avec le C.N.R.S. Paris.( sous la direction de Zakia Iraqui Sinaceur).

     

 

Commenter

 

Your email address will not be published. Required fields are marked *