Effet d’un déficit auditif sur la perception tactile: La sensibilité du toucher chez les entendants et les malentendants

  • Des études montrent que le cerveau de personnes nées sourdes ne traite pas l’information tactile de la même manière que les entendants. Ces résultats confirment l’effet de l’expérience sensorielle sur le développement cérébral. Toutefois, la recherche est partagée sur l’idée que les malentendants profonds développent une hypersensibilité tactile. Une des difficultés de cette recherche est la comparaison entre une perception qui implique des différences d’intensité et une perception qui implique une résolution temporelle (ex. est-ce que deux touchés rapprochés dans le temps se détectent). La résolution temporelle est essentielle dans la perception auditive de la parole où on doit distinguer l’ordre d’éléments à l’intérieur de syllabes (ex. /pso/-/spo/). On peut se demander si une telle sensibilité temporelle de la perception auditive ne contribuerait pas à la perception de l’ordre d’événements tactiles. Afin de répondre à cette question, nous avons comparé des groupes d’entendants et de sourds profonds prélinguaux sur leur habilité à détecter avec l’index des pulsations d’air. Les participants étaient âgés entre 15 et 34 ans. Nous avons utilisé un montage constitué d’une machine à pression fabriquée sur mesure à l’Université de Montréal, reliée à une pipette qui est fixée sur un trépied. Le centre de l’index doit être positionné vis-à-vis l’extrémité de la pipette. Les pulsations étaient présentées par paires (faible-fort, fort-faible) où les pulsations étaient séparées par des intervalles de 100 à 450 ms. Les participants devaient déterminer sur de multiples essaies quelle pulsation était la plus forte. Une étude de Craig et Lyle (2001) indique la paume de la main serait 6 à 7 fois moins sensible que le bout des doigts, c’est pourquoi nous avons utilisé l’index pour percevoir les pulsations. À cette étape, les résultats montrent que les entendants présentent une meilleure détection de différences tactiles pour des stimuli rapprochés dans le temps (100 et 150 ms) et qui approximent les différences perceptives de syllabes successives dans la parole. Lors de cette étude, les participants entendants ont démontrés une plus grande sensibilité au niveau d’une modalité sensorielle que les sourds tandis que les entendants étaient privés de leur audition. Les sourds n’avaient pas d’avantage sur les entendants, ce qui suggère qu’un déficit au niveau d’une modalité sensorielle n’entraine pas nécessairement un avantage sur une autre modalité.

 

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