Dystopie et personnages féminins : représentations des linguistes savantes

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    Le genre dystopique moderne (de la Seconde Guerre Mondiale à nos jours) est peuplé de figures féminines, dont le rôle et l’importance varient selon les oeuvres. Nous nous intéresserons ici à des personnages féminins caractérisés par leur rapport à la langue : les linguistes savantes, c’est à dire rattachées au milieu scientifique, par opposition au « locuteur ordinaire » (1). Notre corpus s’articule autour de trois oeuvres, de langues française ou anglaise (américaine), dans lesquelles est traité le thème « langue en société ». Nous nous intéresserons à la nouvelle de Ted Chiang, The Story of your life, adaptée au cinéma par Denis Villeneuve sous le titre Arrival, une nouvelle du belge Nicolas Ancien intitulée « Bruxelles Insurrection » et le dernier tome d’une trilogie romanesque de Margaret Atwood, MaddAddam.
    Nous présenterons dans un premier temps les différents personnages féminins des oeuvres avant de nous intéresser plus précisément aux linguistes « savantes ». Nous déterminerons des catégories pour mesurer l’ampleur des rôles de ces personnages dans la narration. Comment tiennent-elles compte de l’influence des figures féminines dans la trame narrative : celles-ci agissent-elles ? Ces actions ont-elles des conséquences sur l’avancée du récit ? Sont-elles volontaires ou plutôt accidentelles ? Autant d’éléments qui nous permettront de mesurer précisément l’importance des personnages féminins dans le récit dystopique. Puis nous nous concentrerons sur les portraits dont font l’objet les linguistes féminines, pour une approche plus qualitative. Notre travail doit beaucoup à la linguistique populaire, qui tire des enseignements scientifiques de discours de « non-scientifiques ». Cette démarche permettra de déterminer comment sont perçues les linguistes savantes au sein de la société, à travers le regard d’écrivain.es issu.es de milieux socioculturels variés.
    Nous souhaitons extraire de ces données des conclusions sur l’imaginaire (socio-)linguistique véhiculé par ce genre fictionnel. L’imaginaire linguistique renvoie à une notion développée par Anne-Marie Houdebine qui se définit comme : « le rapport du sujet à sa langue » (2015 : 5). Nous nous fonderons sur cette définition pour analyser, en dystopie, le rapport du sujet (l’auteur) à sa langue à partir de la façon dont il représente les personnages féminins spécialistes des pratiques langagières. En effet, articuler la question de la représentation des figures féminines avec celle des linguistes savants donne de nombreuses indications sur le rapport – représenté, toujours – femme / élites intellectuelles / rôle dans la communauté. Il s’agit donc d’observer le rôle supposé des femmes dans la société savante – ici linguistique – à partir de récits dystopiques. Cette étude s’appuiera notamment sur les travaux relatifs à la stéréotypie en littérature (DUFAYS : 2010 ; AMOSSY : 2005) et aux représentations linguistiques et culturelles formulées par Anne-Marie Houdebine.

    BIBLIOGRAPHIE
    CORPUS
    ANCION, Nicolas, « Bruxelles Insurrection » in Nous sommes tous des playmobiles, Bruxelles, Espace Nord, 2007.
    ATWOOD, Margaret, MaddAddam, [2013], traduit par DUSOULIER, Patrick, MaddAddam, Paris, Robert Laffont, 2014.
    CHIANG, Ted, “The story of your life” in Stories of your life and others, [1998], traduit par DURASTANTI, Pierre-Paul, “L’histoire de ta vie” in La Tour de Babylon, 2010.

    1 Nous reprenons ici la classification établie par Marie-Anne Paveau (2008).

 

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