De la négociation du dicible à la recherche d’une (nouvelle) légitimité. Le cas du concept « citoyen du monde ».

    Par Anna Khalonina

     

    Le discours public et notamment la sphère médiatique semble être un espace privilégié pour la négociation de concepts qu’une communauté (linguistique, nationale, etc.) tient pour cruciaux. En effet, les commentaires sur l’actualité, qu’ils émanent de professionnels, comme les journalistes, ou de citoyens, sont souvent de nature métalinguistique : ils portent sur les mots employés par une telle personnalité publique, une telle instance, etc.  

     

    Dans l’esprit des travaux en analyse du discours de diverses inspirations portant sur l’hégémonie discursive (Angenot 1989) et les « querelles de mots » (Micheli 2013, Husson 2016, Krzyżanowski 2016) dans l’espace public, je me pencherai, dans cette présentation, sur les fonctions de ce que j’appelle un « conflit conceptuel » : une polémique ayant pour objet un ou des mot(s)-concept(s) et révélatrice des statuts de discours opposés par le conflit. Mon hypothèse consiste à avancer qu’un tel conflit de nature métadiscursive est à la fois une négociation des normes du dicible dans l’espace public et une lutte pour la légitimité des discours en confrontation.  

     

    J’explorerai le potentiel de ce raisonnement à partir d’un débat sur le terme de « citoyen du monde », confrontation représentative de l’opposition contemporaine entre les discours souverainistes/nationalistes et cosmopolitiques. Il s’agit précisément d’une polémique ayant opposé la Première ministre britannique de l’époque, Theresa May, affirmant “If you believe you are a citizen of the world, you are a citizen of nowhere. You don’t understand what the very word citizenship means”, et des actrices et acteurs de l’espace public britannique et français (journalistes, bloggeuses et bloggeurs, universitaires…) contestant son énoncé dans un discours d’inspiration cosmopolitique. En étudiant le travail métalinguistique (re-formulation des définitions, reprise et transformation du discours autre, resignification du concept) mené par celles et ceux qui portent ce contre-discours médiatique, je montrerai comment les discours cosmopolitiques contemporains s’efforcent de légitimer la notion de « citoyen du monde », toujours difficilement dicible, et comment ils tentent de se repositionner dans une lutte pour la légitimité discursive. 

     

    Angenot, Marc. 1989. « Hégémonie, dissidence et contre-discours : réflexions sur les périphéries du discours social en 1889 ». Études littéraires 22 (2) : 1124. https://doi.org/10.7202/500895ar. 

    Husson, Anne-Charlotte. 2016. « Dialogisme et conflictualités sociales dans les disciplines du discours ». Études de communication. Langages, information, médiations 47 : 91110. https://doi.org/10.4000/edc.6647. 

    KrzyżanowskiMichał. 2016. « Recontextualisation of Neoliberalism and the Increasingly Conceptual Nature of Discourse: Challenges for Critical Discourse Studies ». Discourse & Society 27 (3): 30821. https://doi.org/10.1177/0957926516630901. 

     

    Micheli, Raphaël. 2013. « Les querelles de mots dans le discours politique : modèle d’analyse et étude de cas à partir d’une polémique sur le mot « rigueur » ». Argumentation et Analyse du Discours, no 10. https://doi.org/10.4000/aad.1446. 

     

 

Leave a Reply

 

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.