La translatio et le comparatisme littéraire : vers une autre communauté des humanités?

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    La présente communication envisage le projet de la littérature comparée, portée constitutivement vers la traversée des frontières (linguistiques, nationales, disciplinaires, médiatiques ou théoriques), comme ayant toujours entretenu un rapport intime avec la traduction. Dans un essai intitulé Translatio et littérature comparée : la terreur de l’humanisme européen, Bill Readings (1960-1994) critiquait autant le nationalisme des études littéraires traditionnelles que l’ambition abstraite et universelle d’une Weltliteratur. Il y déployait un usage inattendu de la traduction, notamment en la dérivant de la translatio studiorum – ce concept qui nomme l’étude de la migration des savoirs de l’antiquité jusqu’à la période moderne. La culture européenne se serait-elle constituée comme pratique étendue de la traduction, le fait d’un « periplum » plutôt que d’un « populum »? À l’occasion de la récente traduction française des travaux de cet éminent professeur de notre université, notre analyse permettra de pousser la réflexion vers un horizon critique : si la traduction est effectivement le moyen de se mesurer à ce qui rend les langues étrangères l’une à l’autre (Benjamin), comment le comparatisme littéraire permet-il de penser une communauté du savoir ayant la différence comme condition à soi? Alors qu’elle se transforme en entreprise internationale et que les Humanités abandonnent leur fonction de reproductrices et gardiennes d’une culture nationale, l’université contemporaine pourrait offrir le modèle d’une communauté dialogique attentive à l’hétérogénéité des langues, des cultures, ainsi qu’aux territoires disciplinaires qui s’en partagent l’étude.

 

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