Proposition d’une nouvelle méthode d’évaluation de la compréhension orale de mots pour les adultes cérébrolésés.

  • Les atteintes neurologiques acquises (AVC, traumatisme crânien, démence) entraînent chez la majorité des individus des invalidités diverses plus ou moins sévères sur le plan du langage et de la communication. Bien que l’évaluation orthophonique constitue une étape indispensable à l’élaboration d’objectifs d’intervention individualisés, l’absence d’outils d’évaluation complets, sensibles et valides en français québécois limite actuellement la précision et la portée du plan d’intervention qui en découle.

    La compréhension orale des mots, centrale à tous les échanges interindividuels, s’avère couramment atteinte après une lésion cérébrale (Hillis & Caramazza, 1991), et représente de ce fait un enjeu majeur de l’évaluation orthophonique.

    À la lumière d’un recensement des outils d’évaluation existants et des récentes avancées théoriques, et en partenariat avec les milieux cliniques, nous présentons une méthode d’élaboration pour une tâche novatrice de la compréhension lexico-sémantique.

    Nous proposons en effet une adaptation du mode de passation par vérification, proposé par Breese & Hillis (2004), afin d’augmenter la fiabilité et la sensibilité de la tâche par rapport aux tâches traditionnelles (par pointage parmi des choix).

    Les variables psycholinguistiques ont aussi été révisées par rapport aux tâches classiques : deux classes grammaticales sont représentées (substantifs et verbes) afin de répondre aux besoins cliniques. Pour chacune, les stimuli sont sélectionnés et répartis en respect de facteurs psycholinguistiques sensibles aux troubles acquis de la communication: fréquence d’occurrences, longueur (substantifs) et valence (verbes). Le degré d’imageabilité a quant à lui été contrôlé. Chaque cible est associée à deux distracteurs (sémantique et phonologique), autorisant une analyse des erreurs des patients.

    De plus, le choix de supports visuels modernes et normalisés (photographies pour les substantifs et vidéos pour les verbes) vise une représentation fidèle des concepts évalués (Brodeur, 2014 ; Durand, 2014).

    La tâche a été soumise à 20 participants contrôles, permettant de valider les choix psycholinguistiques et la validité des supports, en plus de confirmer la différence significative entre les variables psycholinguistiques classiquement atteintes lors d’un trouble acquis de la communication (e.g. : fréquence). Les résultats permettent aussi de nuancer les informations issues des bases de données objectives. La tâche est parallèlement testée auprès d’une population clinique afin de mettre à l’épreuve sa fiabilité et sa validité.

    Cette étude méthodologique permet de démontrer le besoin de mettre à jour les méthodes d’évaluation actuelles des troubles acquis de la communication, afin d’augmenter la fiabilité et la sensibilité des tests et de répondre aux interrogations cliniques.

    Bibliographie

    Breese, E. & Hillis, E. (2004). Auditory comprehension: is multiple choice really good enough? Brain and language, 89, 3-8.

    Hillis, A. & Caramazza, A. (1990). Catergory-specific naming and comprehension impairment : a double dissociation. Brain, 114, 2081-2094.

    Joanette, Y., Ferré, P. & Côté, H. (mars 2014). Recherche et pratique clinique en orthophonie : du transfert à l’échange de connaissances. Rééducation orthophonique, 257.

 

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