Normes en conflit : L’école, la communauté et l’idéologie normative

    • Présentatrice(s) ou présentateur(s)
      • Shana Poplack, Professeure, Département de linguistique de l'Université d'Ottawa

    Le mandat principal des instances normatives est d’entraver le progrès de la variation et des changements linguistiques. Pourtant, le français parlé continue à afficher bon nombre de formes non-standard. Pourquoi ces formes persistent-elles en dépit de siècles de stigma prescriptif ? On blâme souvent les enseignants et le système scolaire, sans toutefois considérer le pouvoir de la communauté linguistique, qui est la source de la propagation et le renforcement des normes vernaculaires.

    Dans cette communication, nous examinons ces questions en mesurant les rôles conflictuels de la communauté, l’école et l’idéologie prescriptive dans le traitement de la variation linguistique et le maintien de la langue standard.  Pour ce faire, nous comparons le modèle de français promulgué par les enseignants de français avec celui adopté par leurs élèves, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’école, pour ensuite confronter toutes ces productions spontanées aux exigences normatives.  Nous évaluons le comportement de cinq variables morphosyntaxiques qui diffèrent selon 1) leur signification sociale dans la communauté, 2) le niveau de stigma normatif qui leur est accordé et 3) la transparence des règles grammaticales afférentes. Nous démontrons que si les enseignants souscrivent parfois aux normes prescriptives, les élèves s’alignent toujours avec les normes communautaires, peu importe la variable, la variante, le modèle enseignant ou le degré de stigma.  Ces résultats confirment la primauté de la communauté linguistique dans l’élaboration et le renforcement des normes linguistiques. Ils remettent aussi en question la capacité des instances normatives à transmettre la langue « standard ».

 

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