La nourriture comme métaphore de la voix dans « Le Bonheur a la queue glissante » d’Abla Farhoud

    • Presentation speakers

    Le Bonheur a la queue glissante d’Abla Farhoud donne la parole à la protagoniste, qui ne sait que parler l’arabe et qui est analphabète, afin qu’elle puisse transmettre son expérience, et puisse trouver sa voix. Dounia a une forte relation avec la nourriture et elle a substitué la nourriture à l’expression orale pendant une grande période de sa vie. Cuisiner est devenu la contribution de Dounia à sa famille, son moyen d’expression, sa façon de continuer sa culture libanaise et d’y rester fidèle. Elle confesse : « Je ne suis pas très bonne en mots. Je ne sais pas parler. Je laisse la parole à Salim [son mari]. Moi, je donne à manger » (16). Pas capable d’enseigner à ses enfants et de les « nourrir » avec la langue, Dounia les nourrit avec des repas. « Mes mots sont les branches de persil que je lave, que je trie, que je découpe, les poivrons et les courgettes que je vide pour mieux les farcir, les pommes de terre que j’épluche, les feuilles de vigne et les feuilles de chou que je roule » (16). Dounia parle avec tendresse de la préparation de la cuisine, comme elle le dit : « […] j’améliore les plats, j’invente de nouvelles recettes […] » (16). Dans cette communication, je me propose de démontrer comment Farhoud postule que le langage non verbal peut être aussi important sinon plus que la langue parlée, notamment dans le contexte de l’immigration où la communication est rendue difficile par les différences actuelles dans une même famille. Mon objectif est d’explorer la vie de cette protagoniste par une approche psychanalytique de l’écriture de soi et de la mémoire, et de montrer sa cuisine comme espace de métissage identitaire.


    Carrière, M. et Khordoc, C. (2006). « Deuils au pluriel : sur deux textes d’Abla Farhoud. » Voix et Images, vol. 31, no 3, (93), p. 105-125.

    F. Elizabeth DAHAB, Voices of Exile in Contemporary Canadian Francophone Literature, Lexington Books, Maryland, 2009.

    Abla FARHOUD, Le Bonheur a la queue glissante, Éditions de l’Hexagone, Montréal, 1998.

    Harel, S. (1992). « L’exil dans la langue maternelle : l’expérience du bannissement. » Québec Studies, 14 : 23-30.

    Lequin, L. « Écrire la convergence sans s’y perdre: le défi des écrivaines migrantes. » La Francophonie sans frontière. Une nouvelle cartographie de l’imaginaire au féminin. Ed. Lucie Lequin et Catherine Mavrikakis. Paris: L’Harmattan, 2001. 237-247.

 

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