« Je m’ai fait mal quand j’ai tombé » : questions d’auxiliarité et de réflexivité dans le français parlé à Montréal

    • Presentation speakers

    Sankoff et Thibault (1977) estiment dans leur article sur l’alternance entre les auxiliaires être et avoir dans le français parlé à Montréal qu’un accès accru au français standard freinera « la régularisation des conjugaisons avec avoir » dans les temps composés des verbes intransitifs conjugués théoriquement avec être (verbes-Ê). Les auteures ont aussi tenu compte du fait que les jeunes sont « généralement plus scolarisés que leurs aînés », raison pour laquelle leurs résultats sont significatifs. Cette présentation tente de déterminer si cette prédiction s’est avérée. Mon étude pilote examine aussi cette variation dans les verbes pronominaux exigeant conventionnellement l’auxiliaire être.

    Je postule que l’influence de facteurs sociolinguistiques, déterminant le degré d’exposition à la norme, est toujours significative dans l’alternance des auxiliaires des verbes-Ê intransitifs, et que la sélection d’avoir dans les verbes pronominaux sera plus fréquente chez les locuteurs plus jeunes et moins scolarisés.

    J’ai enregistré 12 locuteurs dont le français montréalais est la langue maternelle. Les questions que je leur ai posées étaient conçues de manière à susciter des temps composés. Les verbes intransitifs qui avaient démontré une alternance d’auxiliaires dans l’étude de Sankoff et Thibault (1977) ont été transcrits et classés par ordre croissant de probabilité d’apparition avec avoir dans mon corpus, de même que les temps composés des verbes pronominaux obtenus lors des entrevues.

    En corrélant la basse fréquence d’usage, l’existence d’un équivalent transitif et l’admissibilité d’un usage adjectival avec la généralisation d’avoir, je réaffirme l’influence de facteurs linguistiques sur ce phénomène avant de tester celle des facteurs sociaux. Les locuteurs ont été regroupés selon diverses catégories (sexe, âge, niveau de scolarisation, classe socioéconomique et compétence en anglais) puis divisés en sous-catégories. Le pourcentage moyen de sélection d’avoir par sous-catégorie a été déduit selon les pourcentages moyens de sélection d’avoir de chaque locuteur. Les résultats ont ensuite été projetés sur un graphique illustrant l’influence de chaque facteur sur la variation des auxiliaires dans les verbes-Ê intransitifs et pronominaux. La comparaison de mes résultats avec ceux de Sankoff et Thibault (1977) montre que l’alternance d’auxiliaire dans les verbes-Ê intransitifs a globalement diminué.

    J’attribue ce déclin aux facteurs sociaux puisque le maintien de l’auxiliaire être corrélait avec un plus jeune âge, un niveau de scolarisation et une classe socioéconomique plus élevés, ainsi qu’avec une excellente maîtrise de l’anglais, ce qui corrobore les conclusions de Sankoff et Thibault (1977). Cette présentation démontre aussi que le français de Montréal affiche une variation socialement marquée dans le choix de l’auxiliaire des verbes pronominaux.

    Ce recul de la régularisation de l’auxiliaire avoir dans le français de Montréal semble s’écarter de la tendance générale des langues romanes à employer un seul auxiliaire, typiquement avoir, dans les temps composés des verbes à la voix active.

 

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