L’humain derrière l’interprète

    • Présentatrice(s) ou présentateur(s)
      • Fanny Dubé, Étudiante au baccalauréat, Université du Québec à Montréal
      • Julie Rinfret, Professeure associée, Université du Québec à Montréal

    Les interprètes en langues des signes (LS) et en langue orales (LO) sont appelés à interpréter dans différents milieux tel que les centres jeunesses, la cour, les centres hospitaliers. De ces environnements variés, des problématiques liées aux situations à grandes charges émotives (GCÉ) font surface. Une situation à GCÉ fait référence à toute situation délicate pouvant générer du stress (ex. être témoin de violence; interpréter des propos vulgaires) qui peut affecter un interprète. Les interprètes en langue des signes, dont une des caractéristiques est de travailler en simultanée, sont considérés comme étant à risque de détresse psychologique par Dean & Pollard (2011) étant donné le haut niveau de sollicitation combiné à un faible niveau de contrôle selon le modèle de Karasek (1979).

    Boulet (2008), Napier et al. (2006) et Olive (2010) soutiennent que les interprètes peuvent enfreindre certaines règles du cadre de référence (déontologie) dans des situations à GCÉ. En effet, ces dernières ont la particularité de faire émerger une émotion forte qui peut perturber le fonctionnement cognitif en entrainant une baisse de la concentration et de la performance technique. Valeros-Garcés (2015) suggère que l’aspect émotionnel devrait être inclus dans la formation professionnelle afin de minimiser les impacts physiques et/ou psychologiques ressentis.

    Le corpus de cette étude était composé d’interprètes (n= 121) de LS et LO en provenance de différents milieux de travail (communautaire, scolaire), autant débutant qu’expert. Ils ont été sondés par  rapport aux situations à GCÉ. Notre objectif principal était de vérifier si ces situations affectent les interprètes, et si oui, sur quel plan (sur le plan linguistique, éthique, pratique professionnelle), et si les différents milieux tiennent compte de ces situations lors des débriefings d’équipe.

    Nos résultats montrent que tous les interprètes sondés ont déjà fait face à des situations à GCÉ. Lorsque de telles situations sont vécues, elles les affectent sur tous les plans : linguistique, éthique et pratique. Nous avons aussi mis en lumière que les différents milieux de pratique ne prennent pas compte ces situations lors des rencontres d’équipe. Cette enquête montre que l’influence de la charge émotionnelle ne devrait pas être négligée. C’est pourquoi nous conclurons en émettant quelques pistes de recommandations qui touchent les facteurs endogènes et exogènes sur le plan individuel et collectif. Finalement, avec l’ouverture d’un nouveau service d’interprétation par relais vidéo en septembre 2016, il serait intéressant de vérifier l’impact sur les interprètes dans des situations d’interprétation à distance, à savoir si l’impact des GCÉ reste le même.

 

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