Sans langue maternelle, sans langue seconde. Vers de nouveaux lieux conceptuels

  • Parler des pratiques d’écriture d’auteurs qui écrivent dans une langue qui n’est pas la leur, dans une langue qui ne leur est pas maternelle, est à la mode (Ausauni; Grutman; de Balsi). On parle abondamment de littératures translingues, voire de littératures migrantes. Mais qu’advient-il lorsqu’il n’y a pas de langue maternelle dans laquelle s’exprimer, lorsque celle-ci a été génocidée ? Comment parler, en quels termes en somme, d’une écriture qui se fait dans une langue qui n’est ni maternelle ni seconde, dans une langue apprise dès l’enfance dans la maison familiale sans néanmoins correspondre aux lieux communs sur la conception de la langue maternelle ? Ces questionnements ouvrent la voie d’un champ épistémologique encore émergent et pose la nécessité d’un vocabulaire critique qui nuance la dichotomie langue maternelle/langue seconde. La littérature, avec ses possibilités de remise en cause des apories linguistiques et langagières, semble, a priori, un terrain fertile pour aborder de telles interrogations. Néanmoins, toute littérature ne se positionne pas dans cet espace intermédiaire, interlinguistique, cet espace encore innomé, entre langue maternelle et langue seconde. La constitution d’un corpus à même d’étudier cette problématique est primordiale et c’est dans les littératures des Premières Nations, plus précisément celles du Québec, que nous trouvons le point de départ de notre réflexion. Les sorties médiatiques récentes (2008) sur les pensionnats autochtones, puis les discours sur la réconciliation, soulèvent des propos lourds de sens autour de ce qui doit être nommé un véritable génocide culturel et ce génocide culturel prend appui, entres autres, sur une autre forme génocidaire, cette fois linguistique. En effet, plusieurs générations d’enfants arrachés à la communauté, à leur domicile familial et internés dans des pensionnats se sont vu refuser l’apprentissage et l’usage de leur langue maternelle. Et pourtant, la langue qui leur fut transmise à la place, le français, n’est pas non plus une langue maternelle.

    Dans le cadre de notre contribution au colloque Le langage sous la loupe : Technologie et corpus, nous proposons d’étudier les représentations de la langue autochtone dans les textes écrit en français de l’écrivaine Innue Natasha Kanapé Fontaine afin de proposer un premier pas vers un nouveau vocabulaire critique et théorique qui soit à même de rendre compte de la négociation langagière à l’œuvre dans les littératures autochtones pour lesquelles la langue à une place privilégiée. La langue est non seulement un espace de communication et d’expression, une thématique de l’écriture, mais aussi un lieu de transmission fracturé et dénaturé qui fait résurgence (mais de quelle manière?) dans l’écriture poétique de Natasha Kanapé Fontaine.

 

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