Écrire ‘les voix éteintes’: identité et mémoire dans la littérature kurde d’expression française

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    L’identité a toujours occupé une place non négligeable au sein de la pensée humaine. De Socrate à Lacan et Ricœur en passant par Montaigne, Rousseau et Hugo, la nature du moi reste l’énigme à jamais irrésolue. Il y a chez toute personne le besoin de s’affirmer en tant qu’être à part entière et en même temps d’appartenir à un groupe ou une communauté qui le reconnaisse et le respecte. Mais quand c’est l’existence-même d’une communauté entière qui est niée, ce qui est le cas des Kurdes, l’affirmation d’une identité indépendante et consciente de soi s’impose avec encore plus d’urgence. Aussi, cette négation du Kurde sera exposée, critiquée et réfutée de façon très importante dans la littérature kurde d’expression française L’identité joue en fait un rôle central dans la littérature kurde de la diaspora, où elle entretient un rapport intime avec la mémoire (Paul Ricœur, Nicola King et Richard Terdiman). Cette littérature, qui porte en toile de fond la situation sociopolitique des Kurdes au Moyen-Orient, apparaît comme un mouvement de revendication culturelle et politique, dont l’un des objectifs est la reconnaissance de la communauté kurde.

    Partant de la notion de littératures minoritaires, spécifiquement du concept de minorisation, telle que pensée par François Paré, le présent travail cherchera à établir les nombreux rapports de forces internes et externes auxquels sont confrontés les communautés minoritaires. Il se penchera sur Mémoire du vent d’Ahmed Mala et Parfums d’enfance à Sanate d’Ephrem-Isa Yousif pour montrer qu’on peut être à la fois minoritaire et majoritaire dans un contexte de domination et d’oppression. Nous espérons qu’au terme de notre étude nous aurons souligné les nombreuses restrictions à l’accès à la parole et au capital symbolique, voire au savoir, ainsi que les conséquences sociopolitiques de la prise de parole des marginalisés sur la formation de l’identité. Comment l’expérience des écrivains kurdes francophones peut-elle nous servir de base à l’établissement d’une perspective minoritaire sur la société, et donc de poser un regard nouveau sur la question de l’identité ?


    1. Hussain, Fawaz. Les sables de Mésopotamie. Monaco: Éditions du Rocher, 2007. Print.
    2. Yousif, Ephrem-Isa. Parfums d’enfance à Sanate: un village chrétien au Kurdistan irakien.
    Paris: L’Harmattan, 1993. Print.
    3. Casanova, Pascale. La république mondiale des lettres. Paris: Seuil, 2008. Print.
    4. Paré, François. Les littératures de l’exigüité. Ottawa: Le Nordir, [1992] 2001. Print.
    5. Said, Edward W. Reflections on Exile: and Other Essays. Cambridge, Massachussetts: Harvard
    UP, 2002. Print.

 

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